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Kerguelen chez Rythmes Croisés

« On a traversé des lieux qui n’existent pas. On a eu peur de bruits qu’on ne connaissait pas. On a pris la route comme on prend la mer, On a pris la route pour aller chez mon frère… »

Au départ, c’était l’idée, c’était il y a juste quelques jours, une éternité désormais, mais à cette époque lointaine j’étais encore un peu naïf, le projet était de présenter le nouvel EP d’un nommé KERGUELEN. Juste ça. Quelques gentilles lignes sur le nouvel effort d’un bon gars qui tente de se bâtir une discographie. Je ne savais pas, on aurait dû m’avertir, me préparer. Maintenant, je sais encore moins. Je navigue à vue entre extase et perdition, ou l’inverse, ça dépend des moments.

« La nuit, on aura peur de ne rien voir, Le jour, on aura peur de voir rien, Rien que le bleu de l’océan. Alors on priera pour le bleu du ciel Et pour que le vent nous porte, Ni trop vite, ni trop loin, ni trop fort… »

Ben oui. Car le susnommé KERGUELEN n’est pas une île, ni même une archipel, c’est un continent. Enfin, pas lui, Alex WALLON. KERGUELEN n’est qu’un avatar dudit Alex, lequel en a bien d’autres, a vous en donner le tournis. Et c’est là où les choses deviennent étranges. Puisque cet Alex que je pensais découvrir avec KERGUELEN, en fait, je le connaissais déjà, mais sous un autre nom. Je vous la fait courte, mais c’est important, au moins pour moi. Alors voilà, je suis un grand fan d’HIGELIN, et notamment de son emblématique BBH 75. Et, il y a quelques années de ça, un musicien du nom de BBH fait une apparition remarquable et remarquée sur la scène musicale française. Dans une sorte de réflexe pavlovien, je m’intéresse à ce BBH, évidemment ! Rien à voir avec HIGELIN. Mais je tombe nez à nez avec une chanson taille XXL de 19 minutes. Ça s’appelle Bang. Un bonheur, une merveille ! Vraiment super ce BBH, je parle de BIG BANG HUMAIN, alias… Alex WALLON. Déjà ! Mais le tourbillon de la vie a fait que nous nous perdus de vue. Avec KERGUELEN, ce sont donc des retrouvailles. Mais cette fois, c’est promis, je ne lâcherai plus l’affaire. Oh que non !

« J’ai dû tomber mille et mille fois Mais il restait toujours des loques à lacérer. On a gravi des rivières, franchi des déserts, Alors tu crois vraiment pouvoir nous arrêter ? »

 Je vous le disais plus haut, Alex WALLON est un continent. Et donc, KERGUELEN est un iceberg. Ses deux EPs sont des sommets émergés trompeurs. En bien. En excellent même ! Dès qu’on creuse la question, on découvre vite l’étendue affolante des talents variés d’Alex WALLON sous ses nombreux avatars. En réalité, c’est encore pire, pour le dire ainsi. Il n’y a rien à jeter chez Alex, il s’essaie à tout, et réussit tout. On ne sait pas ce qu’il faut admirer le plus. La variété ? Les paroles ? Les compositions ? Les arrangements, mêlant guitares, samples, rythmes sculptés avec un art sublime et musique électro ? Moi, je ne choisis pas, je prends le tout, et je me laisse emporter, surprendre, émouvoir. Alex sait choisir les bons mots, les allier comme par magie avec les bonnes musiques et les bons arrangements. C’est juste parfait. C’est poétique, mais pas seulement. Il y a des jeux de mots subtils ou signifiants, mais pas seulement. Ça touche à la réalité la plus crue, mais aux rêves aussi. Enfin voilà, c’est difficile à décrire, à qualifier, c’est un continent.

« Mes cris se noyaient dans l’écho D’un étrange silence de pierre Il ne sera jamais trop tôt Pour faire revenir la lumière. J’aurais tellement voulu briller Pour faire revenir la lumière… »

Mais revenons-en à notre archipel, à l’iceberg KERGUELEN, et à ses deux EPs. Le premier s’appelle Exile et le second Comme Le Froid. Et quel contraste entre les deux ! Le jour et la nuit, ou plus exactement le noir et le blanc. Exile est un EP très beau, mais très sombre aussi, quelque chose comme un diamant noir. Si KERGUELEN veut nous parler de voyages, ce sont ici des voyages contraints, subis. Ça commence par Exode. Celui de 1940. C’est prenant, on y est, on le vit. Les paroles sont terribles de justesse, et la musique suit, toute aussi pétrie d’émotions vraies. Pourtant, ce n’est une entrée en matière, suivie du véritable thème de cet EP, les migrants, leurs souffrances, leurs espoirs si ténus, leurs peurs si grandes. Les mots sont cliniquement calibrés sur la réalité, et pourtant une indicible poésie surnage, une alchimie en équilibre sur le fil, étonnante mais restant sur fond de drame social, de misère humaine. Un diamant noir vous disais-je.

 « Tout était blanc à perte de vue Et je me voyais aveugle à la vue de tant de blanc… »

Au fond, le second EP, Comme Le Froid, n’est pas moins sombre. Mais comme il nous parle d’étendues infinies, de banquises et autres pas dans la neige, ça paraît lumineux. En vérité, c’est même aveuglant, comme le dit avec tant de force Blanc. La musique joue également sur la perception de cette noirceur dissimulée sous tant de clarté glacée. Par rapport à Exile, Alex s’est vraiment lâché. Comme Le Froid progresse entre engelures douloureuses et guitares chaleureuses. Blanc insiste sur l’effort usant de chaque pas accompli sur la banquise sans fin tout en soulevant chaque refrain vers le ciel sans borne. Chilkoot Pass multiplie les oppositions de styles sur tapisserie d’amours ratées. Noir débute dans un dépouillement réverbéré pour se finir en apothéose. Enfin, Nos Pas Dans La Neige déploie des airs épiques sans l’air d’y toucher.

« L’homme a les yeux clairs Et le regard bleu A-t’il vu la mer ? Elle ne sait que trop rendre l’homme heureux Il nous parlera de tout Ce qu’il n’a pas vu, Ce qu’il ne verra pas Tout ce qui est plus beau que ce qu’il a vécu… »

Faites comme moi. J’ai vite appris à enchaîner Exile et Comme Le Froid. Tant d’émotions, de musiques aux méandres scintillants et attachants, d’assemblages de mots profonds ou beaux, d’arrangements faussement limpides mais en réalité tirés au cordeau, j’en passe. Je vous le dis, je vous le répète, c’est un continent.

 « Maintenant il faut vraiment que je dorme… »

Rythmes-croises.org

Mots-clés: news, presse

A propos de Kerguelen

Kerguelen c'est une une démarche : composition brute, toujours en mouvement, travail sur l'iPad avant de poser le tout en studio. Une façon de travailler qui lui permet de développer l'esprit de sa musique en évitant l'ambiance feutrée des cabines d’enregistrement pour agencer un son ouvert sur le monde. Comme le froid s'inscrit dans la lignée d'Exile : mots murmurés, parlés, scandés sur une musique électronique, proche du trip-hop, mêlant samples, boîtes à rythmes, synthés et guitares électriques . Une forme de spoken word qui souffle le froid au creux de nos oreilles.

On en parle

Comme le froid

"C’est poétique, bourré d’images qui s’entrechoquent, qui sont lumineuses, lyriques, pleines d’humanité" (l'Electrophone)

"Proche de la perfection, [...] un spectre musical ample et maitrisé [...], rythmiques électroniques chaloupées et enivrantes, [...] la voix chaude, maitrisée, sereine pose des textes d’une infinie poésie..." (A découvrir Absolument)

Exile

"Un EP qui prend aux tripes, interroge, questionne notre frilosité face à l’innommable et au final nous offre l’une des plus belles phrases pour comprendre l’avant et détester l’après « il n’y a rien de plus beau que la lumière dans les yeux de l’homme qui voit la terre enfin après l’océan ». L’"Exile" forme notre réflexion. Indispensable." (A découvrir Absolument)

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PHW Records

PHW Records est un label basé à Orléans, fondé en 2015 par Alex Wallon. De la chanson aux musiques électroniques en passant par le rock ou le folk, nos projets ont pour point commun la liberté.

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